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Sport31
Claude ONESTA : "Je ne me vois pas redevenir entraîneur..." (2/2, handball, Toulouse)Seconde partie de la longue interview que Claude Onesta, parrain d'exception, nous a réservé. Après avoir parlé de Toulouse, cap cette semaine sur son aventure avec l'équipe de France qu'il a amené au sommet avec un triplé unique (Europe, Monde, JO). Sa façon de travailler, son sentiment sur cette aventure et... son futur, Claude Onesta nous dit tout. Entretien avec un grand champion. (par Sébastien Zanato)
En 2001 vous quittez Toulouse pour l’équipe de France. Comment s’est passée votre arrivée chez les Bleus ?
J’étais conseiller technique régional. Je travaillais donc déjà à la fédération. En plus de cela j’entraînais une équipe de Division 1 et donc j’étais sur le devant de la scène au plus haut niveau français. Je pense que quand Daniel Constantini a décidé d’arrêter son parcours, il y avait plusieurs candidats, mais j’étais peut-être celui qui était déjà le plus ancré dans la maison fédérale. Vous aviez vos marques ! Oui, car je travaillais avec des gens de la fédération, des dirigeants, des collègues entraineurs nationaux, avec la direction technique nationale de manière déjà presque quotidienne. J’ai eu en plus un parcours d’entraineur de club un peu atypique et je venais d’avoir des résultats avec des moyens très limités en insistant sur des jeunes joueurs. Vous aviez finalement le profil d’un bricoleur qui réussit et qui se débrouille avec ce qu’il a ? Oui et aux yeux de la fédération, j’étais quelqu’un de sérieux qui était capable d’aller au-delà de sa propre structure. J’ai dû bénéficier également de l’image d’un entraineur avec assez de charisme et de caractère pour pouvoir entrainer l’équipe de France. J’y suis arrivé également avec l’approbation des joueurs qui étaient habitués à me voir dans le championnat et qui souhaitaient du changement à la tête de l’équipe de France. Le début a donc été relativement simple en terme de travail.
"J’arrivais derrière un entraineur charismatique qui représentait le handball avec l’idée qu’après lui le déluge..."
Justement en parlant de travail. Passer d’un club à une sélection a dû vous changer ? Ce n’est pas du tout le même métier. Le changement est peut être un peu difficile au début. Quand vous êtes habitué à vous entrainer deux fois par jour et que d’un coup vous n’entrainez plus personne, forcément le changement est radical et difficile. En club, on est habitué à façonner un groupe jour après jour et là tout d’un coup vous avez des gens que vous sélectionnez, qui arrivent et dont il faut faire une équipe en une semaine. C’est beaucoup plus instable et beaucoup plus déstabilisant. Il faut donc apprendre à connaitre et maitriser surtout que la France venait d’être championne du monde et apparaissait comme imbattable. Mais en soit, cela a été facile en interne parce que et la fédération et les joueurs, me faisaient confiance. Vous êtes-vous donné une pression supplémentaire avec ce poste ? La pression on la vit au quotidien. On ne peut pas être entraineur de l’équipe de France et ne pas ressentir de pression. Il y a plusieurs pressions. Celle des handballeurs qui veulent revivre de grands moments, celle des médias qui, dès que vous avez gagné quelque chose, ont la sensation que vous devez tout gagner derrière. En plus j’arrivais derrière un entraineur charismatique qui représentait le handball avec l’idée qu’après lui c’est le déluge. Il faut vivre avec ça car du coup, on remettait en cause mes compétences. Constantini était parti, tout allait se casser la gueule ! Il faut vivre là dedans et garder le cap surtout que je suis arrivé en disant que je n’allais pas faire comme lui ! Au final vous vous en êtes plutôt bien sorti. Vous êtes le sélectionneur le plus titré du sport français. Quel sentiment cela vous procure-t-il ? Le premier sentiment est que tout cela est tellement fragile que cela aurait pu capoter à n’importe quel moment. Un clash avec des joueurs durant une compétition ou tout autre évènement fait que tout est très instable.
Chaque joueur apporte au groupe selon les souhaits du sélectionneur...
" Une méthode où chacun se responsabilise et apporte à l'aventure collective."
Vous n’avez jamais douté ? On doute tous les jours parce que chaque jour il faut trouver la clé qui va peut-être vous ouvrir la porte du lendemain. Mais c’est peut-être parce que l’on doute que l’on travaille avec acharnement tous les jours. Mais je prends du recul et je suis fier de tout ça. Une fierté pour moi, pour tout le monde car tout le monde a profité de ces moments là. Pour autant, j’aurais pu me trouver dans une situation sans victoire et sans titre sans être un entraineur différent. J’aurais eu les mêmes idées, les mêmes démarches et le même fonctionnement. C’est le sport ! Oui, c’est tellement infime. Quand ça ne va pas aussi bien qu’on le souhaite, je prends de la mesure ; mais c’est la même chose quand il y a une victoire. Là je me dis que c’est un beau parcours que l’on a réussi mais je suis surtout fier de la manière parce que j’ai toujours été vigilant sur la méthode. Méthode où chacun se responsabilise et apporte à l’aventure collective. Les joueurs sont donc sollicités de manière importante sur le jeu, la façon de fonctionner. Tout le monde est donc concerné du début à la fin dans votre groupe ? Oui, le staff et les joueurs sont très investis. Par contre, une fois que l’on a discuté les choses doivent s’appliquer. Il y a de l’autorité mais qui s’installe après que le projet ait été élaboré ensemble. Je suis donc autoritaire pour faire respecter la ligne de conduite décidée ensemble.
" Les gens biens peuvent aussi être exigeants."
Du coup votre groupe ne subit rien puisque tout est collégial ! Je pense que c’est avec cette formule là que l’on a réussi. Nous avions une équipe capable de remporter des compétitions mais peut-être pas de manière récurrente alors qu’avec ce mode de fonctionnement, où les gens se sont responsabilisés, avec donc un engagement total et permanent, on a réussi à s’installer dans un rythme de victoire. Je ne suis pas sûr qu’avec un fonctionnement plus directif on aurait eu des résultats aussi réguliers. Je suis donc content de ça mais surtout de l’image que donne cette équipe de France. Je le vois bien aujourd’hui quand les gens m’arrêtent dans la rue pour me témoigner de la sympathie. Je vois bien que cela dépasse le cadre du public handballeur et même du public ‘sportif. C’est peut-être le plus beau retour que l’on peut avoir en tant que sportif ? Je pense que c’est le plus grand plaisir que l’on puisse me faire. On a gagné beaucoup de titres oui, mais avec des gens biens ! Le sport de haut niveau est tellement marqué par d’autres images et comportements plutôt négatifs, que je suis fier que l’on ait pu démontrer qu’en étant des gens biens on pouvait aussi être exigeant ou performant au plus haut niveau. Avec le recul quel titre préférez-vous ? J’en ai quatre. Celui de champion d’Europe en 2006, qui est le bienvenu car étant le premier c’est celui qui a donné la dynamique, apaisé les conflits et les attaques extérieures. Il reste particulier pour moi car il donne la légitimité. On a été champion olympique. Le titre le plus grand, le plus rêvé, l’apothéose. Puis il y a le championnat du monde en Croatie dans une chaude ambiance et là ça devient l’exploit d’un jour. D’avoir pu gagner ce match là, contre le pays hôte, ce jour là, c’est tellement exceptionnel. Tout était fait pour que les Croates soient champions du monde chez eux. Et puis il y a le dernier titre européen qui nous fait réaliser le triplé et être détenteur des trois titres en même temps. Aucune autre équipe dans le handball ne l’a déjà fait. Cela a placé l’équipe de France comme une équipe capable d’enchainer les victoires et dominer son sport. On a changé de dimension. Une dimension où vous êtes l’équipe à battre et où tout le monde vous regarde… Envieux ? Oui, mais aussi avec un regard tellement affectueux car vous avez marqué une période de l’histoire de votre sport. Et dire qu’il y a 25 ans de cela la France jouait le mondial C, c'est-à-dire de troisième division mondiale… C’est une réussite très jeune qui a débuté à Barcelone en 1992 (aux JO, ndlr). Il y a vingt ans, le handball français était totalement inconnu. La qualification aux JO de Barcelone est complètement irréelle et en plus on ramène une médaille ! Vingt ans après, on a eu trois titres de champions du monde, un titre olympique et deux sacres européens.
Merci Claude !
"Longue vie à Sport31.fr !"
Reverra-t-on un jour Claude Onesta entraîneur d’un club ? Cela m’étonnerait beaucoup. Je suis passé d’un métier à un autre où on participe plus à la conception d’une aventure que dans le réglage au quotidien. J’avoue que redevenir un entraineur de club traditionnel avec des séances tous les jours, j’aurai du mal à me passionner pour ce métier là. Par contre, revenir à un moment ou à un autre comme chef de projet au sein d’un club… Président peut-être ? Non, peut-être pas président car c’est un rôle beaucoup plus politique. Mais sur un gros projet avec un statut de manager général… mais ce n’est pas forcément une priorité. Je vous avoue qu’aujourd’hui je n’ai pas une vision très précise de la suite. Pour terminer un petit mot pour les lecteurs de Sport31.fr que vous parrainez ? Je suis très attentif au sport de notre département et de notre région. Comme tous les gens qui voyagent beaucoup et qui sont souvent loin de chez eux, on a surement un regard et une tendresse beaucoup plus affirmée pour ce qui se passe chez nous. J’ai travaillé une grande partie de ma vie dans le sport amateur et j’y suis très attaché même plus qu’au sport professionnel. Je m’y sens plus chez moi. La force du sport français se trouve dans le monde amateur et je trouve intéressant de pouvoir parler de ces gens là. Il y a bien sûr la nécessité de parler de ce qui brille car c’est ce qui donne envie au gamin de faire du sport. J’espère que Sport31.fr sera le lien permanent entre le sport amateur et toutes les vertus que cela engendre et aussi avec une certaine idée du sport de haut niveau avec véritablement un lien entre les deux. Il faut que tout le monde puisse avancer ensemble donc longue vie à Sport31.fr ! propos recueillis par S.Z. pour lire la première partie diffusée la semaine dernière Jeudi 30 Septembre 2010
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