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Cyclisme - Laurent JALABERT : "Je compte beaucoup sur la progression des sprinteurs français"Toujours disponible et souriant, Laurent Jalabert était l'invité la semaine dernière de notre partenaire et ami, "Il va y avoir du sport", l'émission 100% sport de Radio Occitania. Un rendez-vous de marque dans lequel le célèbre cycliste français aujourd'hui entraineur de l'équipe de France, a pu revenir sur les derniers championnats du monde de Melbourne tout en se projetant sur le prochain. Sans oublier bien sûr, d'évoquer l'état du cyclisme français. (par Nicolas Le Cheviller)
Laurent Jalabert, vous entamez votre troisième saison à la tête de l’équipe de France. Est-ce que vous êtes sélectionneur 365 jours par an ? Ou jonglez-vous entre vos différentes casquettes ?
C’est exact, j’ai plusieurs casquettes. Je suis consultant pour plusieurs médias, notamment France Télévisions et RTL, ce qui fait que je suis fort occupé lorsque la saison cycliste bat son plein… Mais en amont il y a aussi un travail de recherche, de préparation à effectuer. Je me tiens au courant de toute l’actualité cycliste. J’ai été dernièrement à Copenhague où auront lieu les prochains Mondiaux sur route, en septembre prochain, pour y repérer le parcours. Cela me permet, dès les premières courses, de pouvoir en parler avec les coureurs français susceptibles de tenir un rang important là-bas et de représenter les couleurs de la France au plus haut niveau. Qu’avez-vous retenu de ce circuit de Copenhague ? On dit beaucoup qu’il est fait pour les sprinteurs : est-ce que cela signifie que vous n’allez pas suivre les grimpeurs français cette année ? Quand on voit que le Mondial 2010 s’est conclu par un sprint, on voit mal comment il pourrait en être autrement cette année. Je peux vous assurer qu’un grimpeur, sur ce parcours, ne sera vraiment pas à son avantage. Le circuit est exclusivement plat, il y a trois petites côtes, mais vraiment petites : la plus longue ne fait que 500 mètres, et la plus dure n’est qu’à 7 %. Dans la jargon, on appelle à peine ça des « coups de cul » ! Ce sont des côtes qu’il faut franchir un petit peu sur le « punch ». Un sprinteur a toutes les chances d’aller au bout. La particularité, et peut-être la principale difficulté des ces Championnats du monde, ce sera la distance. 282 kilomètres, c’est particulièrement long et à la fin du mois de septembre, cela va pas mal peser dans les jambes car même si les coureurs sont des professionnels, il faut quand même les faire ! Ce circuit, je le qualifierais aussi de nerveux, avec de nombreuses relances et des parties étroites. Il va falloir savoir se positionner à l’avant-garde du peloton pour essayer d’économiser un maximum d’énergie. Je crois donc qu’un sprint est fort envisageable, parce qu’il n’y a pas vraiment de relief et les équipes de sprinteurs ont, par le passé, réussi à s’organiser sur des circuit beaucoup plus compliqués… Quand on voit que le Mondial 2010 s’est conclu par un sprint, certes en petit comité d’une vingtaine de coureurs, on voit mal comment cette année, sur un parcours dénué de difficulté, il pourrait en être autrement. Donc non, les grimpeurs n’auront pas leurs places sur ce parcours. Et les sprinteurs devraient être à la fête. "A Copenhague, avec un circuit pour le moins accessible, les Français devraient mieux s’en tirer"
Qui dit sprint, dit course plutôt aléatoire. Est-ce qu’un sprint à Copenhague, c’est une bonne nouvelles pour vos Bleus ? On se souvient que dans des circonstances semblables, Anthony Geslin avait accroché le bronze à Madrid, en 2005.
Je crois que, oui, c’est un bon circuit pour l’équipe de France. L’an dernier, le sprint était probable. On avait emmené un sprinteur, Romain Feillu, qui était présent à l’arrivée, et même fatigué par la distance et la difficulté du parcours, il a fini dans le top 10 (dixième, ndlr). Mais c’est quand même un sprinteur qui l’emporte, Thor Hushovd… A Copenhague, avec un circuit pour le moins accessible, les Français devraient mieux s’en tirer. Moi je suis très confiant, surtout qu’on a quand même pas mal de bons coureurs capables d’aller dans les bonnes échappées et de bien sprinteur. Je dirais même qu’on a de bons sprinteurs qui ont juste besoin de prendre confiance en leurs moyens… Et il y en a plusieurs : je peux vous dire qu’ils étaient nombreux, l’an passé, à me solliciter pour participer aux Mondiaux. Je pense qu’ils seront à nouveaux nombreux cette année à vouloir partir au Danemark pour défendre les couleurs de la France parce que c’est un parcours qui devrait leur convenir. Est-ce qu’il n’y a pas un risque d’avoir plusieurs bons sprinteurs au départ, mais aucun grand leader ? Est-ce que, d’ailleurs, ce n’était pas déjà le cas à Melbourne ? N’y a-t-il pas là un choix clair à faire en tant que sélectionneur ? Je compte beaucoup sur la progression des sprinteurs français. Je pense que j’avais fais un choix très clair. Il y avait plusieurs sprinteurs qui étaient désireux de venir en Australie mais il y en a qu’un qui est parti. Et c’était lui le leader de cette équipe de France. C’était clair pour tout le monde : dans la mesure où on pouvait s’acheminer vers un sprint et que Romain Feillu pouvait être présent, les autres Français devaient travailler pour lui. Malheureusement, Romain était tout seul dans le dernier tour, mais aussi parce que les autres ont du s’efforcer de le protéger tout au long de la course donc non, il n’y a pas eu d’ambigüité de ce coté-là. Et il n’y en aura pas d’avantage cette année. J’espère que sur les différentes courses de la saison, ceux qui ont l’intention de remporter un Championnat du monde seront décidés à travailler de façon à être compétitif sur de longues distances, car pour être un leader désigné, faut-il encore être capable d’être à l’arrivée et d’avoir toutes ses capacités… Certes, on n’a pas un grand sprinteur du niveau d’un Cavendish ou d’un Farrar. Mais ce dernier, par exemple, a beaucoup progressé ces dernières années, et on peut envisager que des coureurs français qui ont une bonne pointe de vitesse puissent arriver à un niveau assez proche des meilleurs. Je pense à Ravard qui est très bon, qui a un bon feeling et du punch : pourquoi ne pas l’imaginer franchir un palier afin qu’il puisse tenir le coup une fois les 200 kilomètres passés. Pour l’instant, c’est ce qui lui manque… Anthony Ravard a récemment déclaré qu’il voulait gagner une belle course comme le GP de Plouay ou la Vattenfall Cyclassics d’Hambourg. C’est aussi comme ça que vous voyez la suite de sa carrière ? Il faut progresser dans une carrière ! Il y a Ravard, mais il y en a d’autres. Mais c’est vrai que lui est encore jeune, il a une longue carrière devant lui, alors il ne faut pas s’endormir, il faut continuer à travailler et surtout avoir de l’ambition, croire en ses chances et se dire que les adversaires ne sont pas mieux constitués que nous… Ils ont deux bras, deux jambes, une tête : pour le reste, c’est une question de détermination, de volonté, de travail et là je crois que Ravard comme les autres sprinteurs français devrait être capable de progresser encore cette année. Moi je l’espère, et d’ailleurs je compte beaucoup sur la progression de ces sprinteurs. "Il faut maintenir les coureurs sous pression"
Laurent Jalabert regrette le relâchement post Tour de France de certains coureurs
Nous sommes encore très loin de Copenhague et pour les Mondiaux, une chose primordiale est la forme du moment. Est-ce que dans ces conditions, en tant que sélectionneur, vous pouvez tirer des enseignements des courses de début de saison, comme Milan-Sanremo ?
Tout est important. Milan-Sanremo est une course qui peut servir de référence pour un Championnat du monde, d’ailleurs Cavendish l’a remporté, Hushovd était tout près de la victoire… Et ces deux-là seront à nouveau deux grands favoris pour les Mondiaux cette année. Mais il ne suffit pas d’être très fort en début de saison ! Il faut aussi l’être en fin d’année, bien évidemment, car c’est là qu’a lieu cette compétition. Je serai donc bien évidemment attentif aux grandes courses du calendrier, et j’espère que les coureurs français qui ont l’ambition d’aller à Copenhague auront aussi envie d’être sur les grandes courses et les grandes classiques du calendrier, que ce soit un Milan-Sanremo, un Tour des Flandres ou un Paris–Roubaix pourquoi pas. Ce sont toutes ces courses qui font que l’on prend de la caisse. Et il faudra aussi et surtout rester motivé après le Tour de France, car on l’a encore vu en 2010, il y a malheureusement beaucoup de déchet après juillet… Beaucoup de coureurs sont déjà en bout de course, surtout psychologiquement, pas tellement physiquement, on se relâche beaucoup au mois d’août et il est très difficile pour certains de se remettre en route fin août, début septembre au moment du Tour d’Espagne. C’est un petit peu dommage… Précisément, êtes-vous toujours un adepte de la Vuelta ? Romain Feillu fait dixième des Mondiaux sans participer au Tour d’Espagne. Est-ce que selon vous, s’il avait fait la Vuelta, il aurait pu faire mieux ? La méthode utilisée en 2010 est probablement la meilleure. Je pense que oui. Il aurait été plus performant, j’en suis convaincu ! Il faut souligner que sur un grand tour, on est pas obligé de jouer le classement général ou de faire des efforts soutenus et répétés tous les jours, car on peut gérer la course à sa façon ! Thor Hushovd a fait dix jours de course. Encore une fois, quasiment tous les premiers des Championnats du monde étaient sur le Tour d’Espagne. Sur la Vuelta, on est massé tous les jours, on a un rythme de compétition et pour travailler, c’est plus agréable. C’est quand même beaucoup mieux que d’être à la maison où on peut être tenté d’en faire un petit peu moins à l’entrainement, et où on ne se fait pas forcément masser, ce qui fait que la préparation est un petit peu plus difficile à mener. Il faut un grand professionnalisme et beaucoup de détermination pour être performant à la fin du mois de septembre. Je pense donc que le Tour d’Espagne permet naturellement d’être en forme car on est en compétition et on bénéficie de tout ce qui va avec. Donc oui je recommande la Vuelta, mais j’ai aussi conscience que tous n’ont pas accès à cette épreuve et ce n’est pas pour autant qu’ils sont exclus de la sélection. En 2009 et 2010 vous avez utilisés deux modes de sélections différents. Vers quel mode opératoire s’achemine-t-on cette fois ? Je pense que la méthode utilisée en 2010 est probablement la meilleure. Il faut maintenir les coureurs sous pression. J’ai constaté en 2009 que de responsabiliser les coureurs trop tôt, leur faire confiance et attendre d’eux qu’ils se préparent chacun chez eux, même s’ils sont des grands professionnels, ce n’est pas forcement leur rendre service. Alors que de les maintenir sous pression, cela permet assurément de les garder à un très bon niveau jusque très près des Championnats du monde. Donc je crois que c’est la bonne tactique pour les avoirs avec un bon état d’esprit au départ. "Je suis parti chez Once un peu à contre-cœur, je l’avoue"
Bernard Hinault a confié il y a peu que selon lui, il n’y avait pas assez de concurrence entre les coureurs français, et peut-être pas assez de rivalité entre les équipes françaises. Or, cet hiver, des coureurs comme Le Mével ou Moinard sont partis à l’étranger, pour s’y aguerrir… Vous qui avez beaucoup couru à l’étranger, est-ce que vous voyez ça d’un bon œil ?
Lors de mes trois saisons passées en France, soit mes trois premières années comme cycliste professionnel, j’avais reçu pas mal de témoignages de coureurs assez expérimenté qui me disaient : « Ne va pas à l’étranger, ça sera trop compliqué ». J’ai été contraint et forcé de le faire lorsque Toshiba s’est retiré. Je suis parti chez Once un peu à contre-cœur, je l’avoue, je n’avais pas d’autre choix à ce moment-là. Et j’ai découvert une autre culture. Beaucoup de professionnalisme, aussi, avec une autre approche du cyclisme. Je crois tout simplement qu’on ouvre les yeux en partant à l’étranger ! Amaël Moinard et Christophe Le Mével, vous le verrez, seront bien meilleurs qu’ils ne l’ont été en 2010. Pourquoi ? Parce qu’ils se sont remis en questions. Partir à l’étranger ça montre une envie de progresser, une envie de voir autre chose et surtout de se remettre en question. Après, je n’irai pas dans le sens de Bernard Hinault. Je considère qu’en France il y a un très bon niveau. Maintenant, on s’est peut-être un peu trop focalisé sur des objectifs de moindre niveau. La Coupe de France, c’est important mais je pense quand même que les grandes courses du calendrier World Tour doivent être les épreuves de référence pour les équipes françaises. Qu’est-ce que vous pensez de la méthode de Paolo Bettini ? Votre homologue italien fait courir une équipe d’Italie sur plusieurs courses du calendrier national, comme le Tour de Vénétie en 2010. Oui, c’est une idée… S’il le fait, j’espère qu’on aura l’occasion de le faire ! Toute la problématique d’une sélection nationale, c’est en effet qu’on a les coureurs pour une seule course dans l’année. Il est donc difficile de répéter les gammes et le jour J, on s’adapte avec les moyens du bord… Je crois que Bettini a découvert l’année passé, dans un rôle nouveau, la difficulté de mener un groupe qui n’a pas l’habitude de courir ensemble. Et pourtant, en Italie, on trouve une certaine cohésion de groupe plus naturellement que dans bien d’autres équipes nationales… « Il faut s’attendre à être à nouveau six ou sept » Il y a quelques semaines, le site Velochrono avait calculé quel aurait été le classement de la Coupe du monde en 2010 si elle existait toujours. Et Yohann Offredo, qui était dans votre sélection pour Melbourne, aurait été dans le top 20. La Coupe du monde, ça vous manque ? Elle manque aux gens qui sont nostalgiques… Je peux faire partie de ceux-là effectivement car j’ai connu cette épreuve et ce classement-là, la Coupe du monde. J’avais connu à l’époque le classement UCI et aujourd’hui c’est un classement Pro Tour, il faut même dire un World Tour maintenant… Il faut s’adapter à l’évolution de notre sport. Le cyclisme se mondialise et je crois qu’il faut emboiter le pas, ne pas rester trop ringard, vieux jeu et camper sur les positions de l’époque. Offredo, en tout cas, est un excellent coureur. Il aurait été dans le top 20 de la Coupe du monde : et bien j’espère qu’il sera dans le top 20 du World Tour en 2011. "Les équipes françaises sont aujourd’hui en Continental Pro"
Seule Ag2r-La Mondiale est resté en première division...
A Melbourne la France n’avait que sept coureurs. Pour être à neuf à Copenhague, il va falloir marquer de gros points sur les épreuves du World Tour. Or le Giro et le Tour s’annoncent très montagneux. Ne manque-t-il pas également à la France de grands grimpeurs, pour avoir la maximum de points possible?
C’est vrai, mais à vrai dire il suffit d’avoir celui qui gagne ! Regardez Hushovd, ils n’étaient pas dix dans l’équipe de Norvège (trois, ndlr)… Il n’en faut qu’un, mais c’est vrai qu’on a plus de chances, en tout cas stratégiquement, lorsqu’on est à armes égales avec les grosses nations, et ce n’est plus le cas depuis quelques années. Je crois que ça sera encore compliqué cette année, pour une simple et bonne raison : les équipes françaises sont aujourd’hui en Continental Pro, seule AG2R La Mondiale est en première division. Cette équipe-là aura accès à toutes les courses du calendrier World Tour, qui attribuent le plus grand nombre de points. Mais on sait également que chez AG2R La Mondiale, il y a un leader qui s’appelle Nicolas Roche, pour lequel on se sacrifie beaucoup, mais qui est Irlandais. Donc les Français n’auront pas toujours le loisir de marquer des points… Les Riblon et autres, ça sera quand même assez compliqué parce qu’ils n’auront pas toujours carte blanche pour faire ce qu’ils veulent. Quant aux autres équipes, elles sont à la merci d’une invitation ! On le voit déjà, ne serait-ce que sur le Tour Méditerranéen, où certaine équipes françaises ne sont pas invitées, et pourtant c’est une épreuve française. On a conscience qu’on aura encore beaucoup de mal à être dans les dix premières nations en 2011 (ce qui permet d’avoir neuf coureurs au Mondiaux, ndlr). Il faut plutôt s’attendre à être à nouveau six ou sept. propos recueillis par N. L-C (pour Radio Occitania, Velochrono.fr et Sport31.fr Mardi 11 Janvier 2011
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